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Wednesday, March 1, 2006

Le Podo Hotel ... entre nature et poésie

[Derrière les ennuis et les sombres chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins]

Extrait du poème de Charles Baudelaire « Elévation », Les fleurs du Mal

S’échapper de Séoul pour passer une journée à Jeju-Do le temps d’y visiter le Podo Hotel, présenté comme un coup de foudre artistique par mon amie Huilin Kim. J’ai un peu hésité avant d’accepter cette proposition insolite mais finalement, la morosité de l’hiver Séoulite aura eu raison de ma résistance.

Froidement accueillie par la pluie à mon arrivée, je ne peux m’empêcher de penser à mon homonyme, le navigateur hollandais Hendrik Hamel qui a fait naufrage à Jeju en 1653. Je me demande ce qu’il a pu ressentir en découvrant cette terre austère et balayée par les vents, dont la végétation et les plages sont loin d’être paradisiaques. Je m’interroge également sur le succès de Jeju auprès de tous ces couples coréens qui ont choisi d’y passer leur lune de miel, à l’époque où la Corée n’était pas encore ouverte sur l’étranger. Puis je me laisse peu à peu gagner par le charme de Jeju, d’où se dégage une énergie presque magique, qui est le propre de beaucoup d’îles. Et dans la voiture qui nous conduit vers le Podo Hotel, j’imagine facilement l’île au printemps, verdoyante et recouverte de fleurs jaunes, telle que me la décrit Huilin.

Le Podo Hotel se situe au sud de Jeju et de sa montagne sacrée, le Mont Hara . Vu du ciel, le bâtiment ressemble à une gigantesque grappe de raisin métallique, ce qui lui a valu son nom (podo = raisin en coréen). Il a été conçu en 2001 par l’architecte Itami Jun, qui en a également imaginé le mobilier et l’aménagement intérieur. Et si le lieu intrigue au premier abord par son apparente austérité, on se sent rapidement gagné par une sorte de sérénité et d’équilibre.


Né au Japon en 1937 de parents Coréens, Itami Jun est un artiste - architecte dont les œuvres expriment un souci d’harmonie permanent entre le beau et l’utilitaire, la tradition et la modernité. Avec le Podo Hotel, il a ainsi voulu reconstituer un village traditionnel de maisons paysannes avec en toile de fond, les montagnes, la mer et leurs perspectives infinies. Et malgré cet enracinement dans le passé, son œuvre apparaît en même temps résolument moderne, voire avant-gardiste.

Tous les matériaux utilisés : le bois, le métal, la pierre, le verre, etc. font écho à la nature environnante. L’eau est également omniprésente, de même que les jeux de lumière, de transparence et même de sons. Les fleurs et végétaux qui décorent l’intérieur sont tous naturels et de temps à autres le manager de l’hôtel se plaît à semer sa touche zen en arrangeant les pierres des jardins environnants.

Hôtel intimiste, le Podo Hotel ne dispose que de 26 chambres aussi belles que confortables, dont 1 suite, 5 royales et 20 deluxes, de style occidental ou coréen. Les 13 chambres coréennes sont toutes orientées vers la mer : fantaisie de l’artiste, projet de l’architecte ou tout simplement hommage personnel à l’île de Jeju ?

Itamu Jun a été décoré Chevalier de l’ordre des Art et des Lettres pour son exposition d’œuvres architecturales au Musée National des Arts plastiques de Guimet : “Itami Jun - a Korean architect in Japan - Tradition and Modernity”. Le Podo Hotel représente l’une des oeuvres majeures de cette exposition, au même titre que le Pinx Golf club sur lequel il a été construit.

Dormir dans une oeuvre d’art et participer à l’harmonie du monde ambiant : voici une expérience poétique que nous vous conseillons résolument.


CGH - Mars 2006

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