Mais qu'est-ce-que le Hallyu me direz-vous? Ne comptez pas sur moi pour vous éclairer car je n’arrive toujours pas à savoir s’il s’agit de la vague de la culture populaire coréenne, d’une vague culturelle de la population coréenne ou encore d’une vague popularité de la culture coréenne. Bref, autant vous avouer que la chose ne m'inspire pas vraiment, d’autant plus que j’ai un peu de mal à saisir l’ampleur du phénomène, en pratique comme en théorie.
Ma seule expérience du Hallyu est essentiellement télévisuelle. Autant dire qu’elle est inexistante, étant donné que je n'ai guère le monopole des télécommandes à la maison. Dès qu’un drama - feuilleton télévisé autochtone - apparaît à l’écran, il est aussitôt zappé au profit de quelque match de boxe en V.O. Les clips musicaux connaissent le même sort, quand ils ne sont pas tout simplement privés de son. Quant aux films coréens, ils subissent généralement la dure loi de la préférence culturelle, à savoir : quitte à ne rien comprendre, autant regarder un film d’auteur bien de chez nous.
Bref, puisque j’ai juste le droit de regarder mon ordinateur, autant appeler Super Google à la rescousse. Grave erreur, car je me retrouve engluée dans le Hallyu jusqu’au cou, avec une centaine de pages sur un sujet que je ne maîtrise toujours pas totalement. N’étant pas à une imposture près, je laisse tomber le copier-coller pour me glisser dans la peau d’une folle de dramas, histoire de voir ce que ça fait. C’est grave, docteur ?
Le drama de ma vie
Il aura fallu que j’habite en Corée pour entendre enfin parler du Hallyu. Et pourtant, le phénomène n’est pas si récent puisque cette appellation d’origine contrôlée a été officialisée en 2000. A en croire mes compatriotes d’adoption ou plutôt les sites Internet et brochures touristiques, il s’agirait d’un phénomène intersidéral aussi irrépressible qu’incontournable. Pour être honnête, c’est essentiellement le paysage audiovisuel asiatique qui a été envahi par la culture pop coréenne et de plus, ce sont en grande majorité les dramas qui font parler d’eux. Il n’en reste pas moins que l’Asie c’est quand même grand. Et si l’on fait le compte de tous les pays emportés par la vague – Chine, Japon, Singapour, Malaisie, Thaïlande, Taïwan, Ouzbékistan, etc. -, on comprend mieux pourquoi le Hallyu est devenu source de fierté nationale, dans un pays plus connu pour ses écrans plats que pour ses programmes de divertissement. Comment donc expliquer cette popularité aussi croissante qu’inattendue ?
De fait, les séries télévisées sont conçues pour séduire et fidéliser un large public autour de valeurs communes et de sentiments universels, donc fédérateurs: l’amour, la haine, l’envie, la tristesse, la colère, etc. Ce sont des espaces de négociation où chacun doit être en mesure de s’y retrouver ou d’y trouver son compte. C’est pourquoi ce sont en général de vraies usines à clichés, destinées à recracher des émotions prémâchées ou autres scénarios stéréotypés. Et peu importe l’instrument, le rythme et le tempo, ce qui compte ce sont les cordes que l’ont fait vibrer. Par ailleurs, il ne s’agit pas uniquement de divertir le peuple pour éviter qu’il se pose trop de questions, il faut également l’amener à éprouver du désir, donc à vouloir consommer. Ce qui explique pourquoi les séries sont généralement précédées, suivies ou entrecoupées de pages de publicité.
Une série TV efficace ne devrait pas avoir de frontières, ni géographiques ni culturelles. C’est ainsi que les feuilletons américains ont réussi à envahir une bonne partie de la planète, de par leur capacité à manipuler tous les rouages censés provoquer l’addiction du public, tout en couvrant un éventail complet de genres, situations, émotions et sentiments. Grands consommateurs de séries TV américaines, les Coréens sont tombés très tôt dans la marmite, à une époque où il ne fallait pas trop compter sur la production locale pour se divertir. On peut donc supposer qu’ils ont été à bonne école. Mais les élèves sont-ils arrivés à dépasser le maître ?
Dans le cas du Hallyu, le succès des dramas coréens en Asie ne serait donc pas uniqument ou forcément dû à la proximité culturelle des foyers contaminés. Si les Chinois peuvent se reconnaître dans les valeurs confucéennes dépeintes par ces séries étrangères mais néanmoins familières, cela ne les empêche pas d’être offusqués par certaines bizarreries indigènes. Un blog chinois fait ainsi l’inventaire d’une douzaine de situations récurrentes dans les dramas coréens, sources de choc culturel pour les Chinois: punir ses employés en les frappant derrière la tête, se servir d’une cuiller pour manger son riz, ne pas attendre d’avoir avalé pour enfourner la bouchée suivants, se piquer le doigt avec une aiguille pour soulager une indigestion (je témoigne, j’ai déjà assisté à ce genre de rituel sanglant), se battre entre femmes en se tirant les cheveux, etc. En Thaïlande et au Philippines, les téléspectateurs sont paraît-ils fascinés par la neige et les hivers continentaux du Pays du Matin Frais, qu’ils ont du mal à trouver chez eux. A Taïwan comme dans beaucoup d’autres pays d’Asie, les dramavores sont surtout très sensibles à la beauté des actrices coréeennes, jugées plus attirantes que les beautés locales, qui se laissent un peu aller. Cela ne les empêche pas de regretter un certain manque de naturel et un recours excessif au maquillage et à la chirurgie esthétique (mais que serait le spectacle sans le fard et les accessoires ?). C’est même souvent le physique androgyne des acteurs coréens – hommes et femmes – qui a la faveur du public asiatique et non pas les injections de silicones stratégiquement placées.
Plus que le scénario et la mise en scène, on pourrait donc croire que ce sont uniquement les acteurs qui font le succès des dramas en Asie. A part quelques ménagères de plus de 60 ans, la plupart des spectateurs se moquent en général de la portée philosophique des dramas et peu d’entre-eux versent une larme en se rappelant le bon vieux temps. Et si les fans asiatiques poursuivent l’acteur principal de la série Winter Sonata, c’est sûrement plus pour sa plastique et sa capacité à pleurer et à les faire pleurer que pour sa droiture morale. Attachants et détachés de la réalité, les acteurs de dramas sont probablement des objets que l’on désire et que l’on consomme au gré des situations dans lesquelles ils se débattent. Ils ne font pas le monde, ils l’interprètent, et c’est d’ailleurs ça qui fait le drame de tous les acteurs.
Je me demande si la Corée a raison de miser sur le Hallyu pour promouvoir le rayonnement de sa culture populaire, prétendant même s’imposer en tant que plateforme culturelle asiatique. Doit-on y voir une revanche face à tous ces pays qui ont cherché à la dominer ? Ce qui expliquerait qu’elle veuille également se démarquer comme hub financier, capitale de ceci ou modèle de cela ? En tout état de cause, il semblerait que la vague commence à s’affaiblir depuis quelque temps. L’Asie serait-elle au bord de l’écœurement, à force de se gaver de Corée sans pour autant arriver à la digérer ? De leur côté, les Coréens ne semblent pas prêts non plus à assimiler la culture de leurs voisins, du moins asiatiques.
Les femmes coréennes n'ont très longtemps joué que des rôles secondaires, dans la vie comme dans les dramas. Peut-on compter au moins compter sur le Hallyu pour changer leur condition au sein de la société ou est-ce au contraire leur évolution qui peut révolutionner le genre ?
Entre Cendrillon et Princesse Fiona
Madame Kim pour ses trente ans, est la plus triste des mamans … S’il est un cliché qui a la vie dure à l’étranger, c’est celui de la femme coréenne passive, soumise, économiquement dépendante et vivant en état d’esclavagisme domestique. La réalité est plus nuancée et malgré les contraintes liées à leur condition d’épouse, de seconde épouse, de mère et de belle-fille, les Coréennes n’ont pas forcément été aussi brimées qu’on peut le penser, notamment quand il s’agit de dépenser l’argent du ménage ou de regarder la télé. Il est vrai qu’elles n’ont jamais été traitées sur un pied d’égalité avec les hommes, la situation n’étant toujours pas satisfaisante de nos jours. Avec l’âge cependant, elles ne se gênent plus pour s’exprimer en toute impunité (et le plus souvent bruyamment), fumer dans la rue, boire de l’alcool à toute heure, s’habiller comme des sacs, abandonner les talons hauts, etc. Et de plus en plus, les Coréennes exercent des métiers à responsabilités, refusent de se marier, demandent le divorce ou n’hésitent pas à poursuivre leur patron pour harcèlement moral, sexuel ou alcoolique.
Prenons l’exemple de Yunjin Kim, qui incarne l’héroïne coréenne de la série Lost. Ayant suivi des cours de comédie aux Etats-Unis pour surmonter sa timidité, il lui a paru évident de se présenter au casting pour jouer le rôle de Kate, l’héroïne rebelle et peu farouche. Pas très convaincus mais toutefois magnanimes – discrimination positive oblige -, les producteurs décident de lui créer un rôle sur mesure : celui de Sun, jeune femme coréenne effacée, mariée à un homme coréen aussi violent que possessif (forcément). En tant que Coréenne, Sun ne parle bien sûr que le Coréen. Les rares fois où elle s’exprime, c’est pour supplier son mari de se calmer. En tant que Coréens, le couple s’isole bien sûr du reste des survivants et préfère manger du poisson cru sur la plage. Sauf qu’au bout d’un moment, Sun révèle aux téléspectateurs ébahis que non contente de parler l’Anglais – fourberie bien asiatique -, elle possède une force intérieure que personne n’aurait pu soupçonner, et surtout pas son mari. Alors là, je dis bravo : quelle audace ces Américains !
Dans les dramas Coréens, les personnages féminins commencent à prendre de la bouteille, avec des rôles de plus en plus denses. On assiste même à l’apparition d’anti-héroïnes telles que l’actrice principale de la série My Lovely Sam-Soon, jeune femme active, célibataire, amatrice de bonne chère et donc légèrement enveloppée. Cela ne la stresse pas pour autant, ce qui tend à rassurer les 70% de Coréennes qui se considèrent trop grosses ou les 50% de Coréennes ayant déjà eu recours à la chirurgie esthétique. Sam-Soon est seule. Mais elle n’en fait pas le drame de sa vie, car elle est libre.
Récemment, le drama « The 1st Shop of Coffee Prince » - La Première Boutique du Prince du Café - a connu un succès retentissant (je le sais, car toutes mes copines et collègues l’ont vu. Elles auraient pu m’en parler avant, quand même). Plusieurs thèmes tabous y sont traités dont l’homosexualité, qui est abordée ouvertement mais pas forcément subtilement. L’héroïne est un vrai garçon manqué et c’est un peu l’homme de la famille, ce qui lui vaut d’être embauchée dans un coffee shop en tant que garçon de café métrosexuel (bon, voilà mon correcteur orthographique qui fait lui aussi de la discrimination). Devenue Prince du Café, la jeune fille arbore donc des allures de ggot mee nam - ou homme fleur - selon le terme consacré par la série le Roi et le Clown, ce qui incite son jeune play-boy de patron à la faire passer pour son petit ami, ne souhaitant pas se marier avec la fille que lui destine sa mère. Persuadé d’avoir embauché un homme (quoi de plus naturel en somme), le patron ne comprend donc pas pourquoi il aimerait bien embrasser fougueusement sa (son ?) nouvelle recrue. Il va même jusqu’à demander un traitement médical pour soigner cette maladie, effet censé être comique qui a été pris au premier degré par de nombreux téléspectateurs. Quand il se rend compte de la supercherie involontaire, il peut alors donner libre cours à ses pulsions et la série tombe alors dans la banalité traditionnelle la plus totale. Sauf que le garçon manqué tombe enceinte avant le mariage, provoquant l’allégresse de sa famille et du futur papa. Cette attitude détendue face au badinage avant le mariage a de quoi laisser pantois. Et cette série audacieuse me laisse surtout penser que peut-être, grâce aux dramas, la femme coréenne va enfin pouvoir avoir le beau rôle. Et pouvoir enfin regarder la télévision sans qu’on lui pique la télécommande.
Vous aurez remarqué que cet article contient de nombreux passages de qualité inégale, susceptibles de choquer le lecteur habitué à des proses hautement plus élevées. Il se trouve qu’il est 3:21 du matin et que je n’en peux plus de déblatérer sur le Hallyu, qui reste toujours pour moi un grand mystère. Et pourtant, la culture populaire ça me connais. Ne suis-je donc pas fan de karaoké, de presse people (seulement en été) et de George Clooney? Bonne nuit les petits !
Quelques références
Au hasard de mes pérégrinations sur Internet, je suis tombée fort à propos sur une étude comparant la sérié française « Sous le Soleil » (ah non, ne me dites que vous ne connaissez pas, à moins d’avoir moins de 8 ou plus de 88 ans !) et le drama Winter Sonata (là, je serai plus indulgente). Vous trouverez ci-dessous le lien conduisant à cette brillante analyse.
Représentation des comportements amoureux dans les séries télévisées :
Tous les films et dramas Coréens
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