Il est 3 heures de l’après-midi et je meurs d’ennui. Madame Bovary, c’est moi. Affalée sur mon sofa, je feuillette les pages de KScene, un magazine pour expatriés de très mauvais goût (le magazine, pas les expatriés ... encore que). J’ai bien dû le lire une vingtaine de fois mais c’est la seule lecture plus ou moins civilisée qu’il y ait à la maison, à part le Lonely Planet et le Petit Futé, que je connais par coeur. Et puis grâce à KScene, je me rassure en constatant que je ne suis pas la seule à rechercher du travail, des activités sociales, des amis ou de quoi meubler ma maison et mon emploi du temps. Ce matin, mon cher mari est parti gagner notre argent, me laissant seule avec mon désoeuvrement. «Avé la marmotte, ceux qui vont mourir te saluent ! T’en as de la chance, toi. Profite bien de ta vie de femme d’expat’!». Profiter de quoi? J’hésite entre le repos forcé, la retraite anticipée et le chômage technique. Naufragée volontaire à Séoul depuis 3 semaines, je commence à me demander ce que je fais dans cette galère. Et dire que j’en ai pour 4 ans ...
Galère de Luxe
Pour beaucoup, l’expatriation à des faux airs de croisière de luxe : itinéraire pour enfants gâtes, train de vie à grande vitesse, exotisme et dépaysement, abondance de privilèges, activités culturelles intenses, cocktails de bienvenue et pyramides de Ferrero Roche d’or… Sauf qu’en réalité, la croisière ne s’amuse pas toujours. Et l’on a vite fait de se réfugier dans sa cabine pour y pleurer ses illusions perdues. Mal du pays, morosité, mélancolie, troubles du sommeil, surconsommation d’alcool, de nourriture, de tabac ou autres anxiolytiques, irritabilité, paranoïa, anxiété, obsession de la propreté, disputes conjugales, crises de larmes subites, douleurs physiques, migraines chroniques, ennuis gastro-intestinaux, sentiment d’oppression ... Je continue la liste ? Bienvenue à bord de la galère de l’expatrié.
A bord de la galère de l’expatrié, tout nouveau passager est censé ramer, ne serait-ce qu’au début de son séjour. En fonction de son lieu d’affectation, il devra ramer plus ou moins longuement et plus ou moins intensément. Ne vous y fiez pas, ramer en Corée n’est pas forcément plus facile qu’ailleurs. Alors que vous penserez avoir trouvé votre vitesse de croisière, vous vous rendrez rapidement compte que vous faites du surplace ou que vous tournez en rond. Il convient donc de tenir le cap et de garder à l’esprit que vous êtes quand même payé pour ramer. Sachez enfin que ramer est bénéfique pour votre santé physique et morale : il est scientifiquement prouvé que plus on rame, plus on diminue les risques de grosse tête, chevilles enflées, ego surdimensionné, perte du sens de la réalité, troubles de la personnalité, etc. Cela dit, les débutants souffriront davantage, à moins d’avoir effectué un stage d’entraînement avant leur départ.
Les conjoints et les enfants ne sont pas dispensés de ramer et même s’il est plus amusant de ramer en famille, l’exercice demande davantage d’organisation et de vigilance. Vos coéquipiers vous reprocheront probablement de les avoir embarqués dans votre galère, en vous menaçant de quitter le navire – les rats. Pour information, le taux de divorce des Français expatriés serait de 63%, soit 40% de plus que pour les ceux qui restent au pays. Afin de limiter les risques de mutinerie, il conviendra donc d’écouter leurs doléances avec attention et de faire le nécessaire pour alléger leurs efforts. Par exemple, vous pourrez doubler leurs rations de vitamines ou leur argent de poche. Il est également préférable de laisser à quai ses problèmes familiaux ou autres tensions conjugales, qui supportent mal le voyage et peuvent même être amplifiés.
Rassurez-vous, votre supplice touchera à sa fin lorsque vous vous sentirez prêts à vous jeter à l’eau pour vous immerger dans l’océan de la culture locale.
Le blues de l'expatrié
Tout corps plongé dans un milieu étranger subit de la part de celui-ci une pression exercée du haut vers le bas et égale en intensité au poids de ses responsabilités.
La principale caractéristique de l’expatriation est le changement. Or tout changement engendre une réaction de stress, ce dernier étant une réponse quasi biologique permettant de s’adapter à toute nouvelle situation. Durant la phase d’alerte, le corps produit de l’adrénaline, le cœur bat plus fort, l’œil est plus vif et l’on se sent prêts à affronter tout danger potentiel. Pour l’expatrié, cette phase correspondra à l’excitation des premiers jours. Vive le dépaysement, vive la nouveauté, c’est chouette la Corée. Si les facteurs de stress– petits tracas et gros soucis de la vie quotidienne, choc culturel, harcèlement professionnel, etc.- persistent ou se multiplie, une phase se déclenche, celle de l’anesthésie. Le corps se met à produire des hormones apaisantes voire euphorisantes, telles que l’endorphine. C’est la fameuse période de lune de miel l’expatrié, celle où il voit la vie en rose et navigue en plein déni. Enfin, l’ultime étape correspond au stress dépassé. L’expatrié n’est plus en mesure de lutter, ses mécanismes d’adaptation sont bloqués et ses ressources sont épuisées. Son corps et sa tête déraillent, il est inefficace et devient relativement dangereux pour lui-même et son entourage. Au bureau, ce syndrome d’épuisement professionnel sera qualifié de burn-out. Ce type de stress peut également s’appliquer a toute activité bénévole et donc aux membres du bureau de l’AFC en période de pré-gala.
Les symptômes physiques du stress sont généralement répétitifs et ont envahi le langage courant : par exemple céphalées -mon boss me prend la tête-, troubles gastro-intestinaux – mes collègues me filent la nausée ou bien les chauffeurs de taxi coréens sont parfois très laxatifs (j’essaie d’être polie), douleurs dorsales – j’en ai plein le dos-, problèmes dermatologiques – tu me files des boutons. Les symptômes mentaux sont aussi nombreux que désagréables et se manifestent par un manque de concentration, des problèmes relationnels, des troubles de l’humeur et du comportement, etc. Et comme si cela ne suffisait pas, le stress est une maladie contagieuse. Quand on pense que les Coréens sont des champions du stress au travail …
L’excès de stress dépassé n’est heureusement pas une fatalité et avec un peu d’astuce et entraînement, il est possible d’en limiter les causes ou même de les supprimer. A défaut de les anéantir, on peut toujours essayer de mieux les gérer afin d’en atténuer les effets indésirables. Il faut cependant savoir que c’est avant même de partir qu’il faudra apprendre à apprivoiser son stress. On peut par exemple se documenter sur le pays, par le biais de sites Internet, guides de survie ou témoignages de victimes qui ont survécu. Comme j’ai pu le dire avant, plus on s’attend au pire, plus on de chances d’être surpris. Il est également recommandé d’évaluer sa motivation avant de partir. On oublie donc la fuite en avant et le désir de se refaire une virginité. Ne jamais partir également si c’est juste pour prouver qu’on en est capable, ce qui risque de placer la barre un peu trop haut.
Voici pour finir quelques conseils anti-stress, puisés sur un site français:
- Prendre soin de soi : le bien-être dépend aussi de l’hygiène de vie. Vive les massages et les saunas.
- Se détendre : pratiquer une activité physique et participer à des activités sociales et récréatives.
- Pouvoir compter sur une personne de confiance. Il conviendra donc de ne pas solliciter ceux qui vont vous dire que vous vous écoutez trop, que vous ne connaissez pas votre chance et que vos états d’âme de princesse au petit pois sont disproportionnés.
- Développer un réseau personnel et professionnel. Les Coréens font cela très bien.
- Rester en contact avec sa cellule affective : Internet, c’est pas pour les chiens.
- En cas de stress dépassé, être capable de solliciter du soutien et d’en recevoir. Donc arrêter de faire son fiérot et de faire porter la responsabilité à son entourage.
Voici quelques autres conseils dégotés sur un site Internet Canadien francophone. Je vous les livre tels quels mais je n’ai pas pu résister à l’envie d’en commenter quelques uns. Tabernacle !
- Faites de l'exercice! La marche, le jogging, la natation ou le patin à glace font des merveilles. Ils aident à relaxer et ils donnent un regain d'énergie. C’est vrai que le patin à glace ça calme, surtout quand on le regarde à la télé.
- Faites un brin de jasette avec des amis ou des membres de votre famille (sachez quand arrêter et remettez-vous au travail!). No comment.
- Soyez attentif aux besoins de votre corps et à ce qui vous entoure. Attention, si vous vous regardez trop le nombril, vous risquez de rentrer dans un lampadaire.
- Soyez proactif! Partez à la recherche d'outils et de ressources qui vous aideront à gérer votre stress. Consultez un professionnel du domaine si nécessaire. JF BSTR cherche tête à claques pour pratiquer exercices de rouleau à pâtisserie.
- Calmez-vous. Si vous ne pouvez pas dormir la nuit, levez-vous. Faites de la lecture. Fermez vos yeux et relaxez-vous. Même si vous ne dormez pas, au moins, vous vous reposez. Il faut savoir, je lis ou je ferme les yeux ? Ils sont stressants ces Canadiens.
Il est 3 heures de l’après-midi et je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Je dois absolument finir cet article pour le Petit Echotier et ça me stresse. Je reviens d’une balade à Itaewon et je n’aurais pas dû. Impossible de se repérer durablement dans ce quartier. Depuis notre arrivée il y a un an et 8 mois, le Plan d’Occupation des Sols changent tous les mois. Plus d’une trentaine de restaurants ont envahi la place ou ont déménagé. C’est malin, comment je fais maintenant pour expliquer où j’habite ? Depuis quelques mois, j’ai démarré une activité nouvelle professionnelle et connaît désormais les joies des transports en commun et celles de la vie de bureau à la Coréenne. Elle me plaît bien ma galère, finalement.
« Comment gérer le stress lié à l’expatriation ? » :
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